Henri Matisse - Le violoniste à la fenêtre - 1918
Je suis vieux. Ma vie est
maintenant derrière moi depuis des années. Depuis que ma femme est partie,
emportée par une maladie. Ma femme… Ma douce… Ma moitié… Mon âme sœur…A quoi
rime ma vie sans elle ?
Tous les jours je pense à elle.
Chaque matin. Chaque midi. Chaque soir.
Je suis nostalgique, j’essaie de
revivre en pensée tous les moments merveilleux que nous avons partagés. Oh,
bien évidemment, mon âge avancé ne me permet plus de me déplacer facilement et
de parcourir le monde comme nous aimions le faire. Alors je joue du violon.
Toute la journée. Elle adorait le violon, ma Germaine ! Elle en jouait
divinement. Je me rappelle des soirées durant lesquelles, après avoir achevé
notre repas, elle m’apprenait patiemment à faire glisser l’archet sur les
cordes. Ce n’était pas très harmonieux, je dois le reconnaître. Mais depuis sa
disparition, je reprends inlassablement cette musique qui nous correspondait
tant. Les voisins de la maison de repos me disent qu’il y a encore quelques
fausses notes. Les passants, lorsque je joue sur le balcon, me prétendent que
je m’améliore.
Et toi, Germaine ?
Reconnais-tu cette douce mélodie que je joue pour toi ? Me vois-tu, à
travers les nuages ? Je me dis que, peut-être, tu me laisses encore
répéter avant de m’appeler à tes côtés pour reprendre notre si merveilleux duo
le jour où il n’y aura plus de fausses notes.
Alexandre Delvigne

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